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  • 29.05.2015 - 30.05.2015 | 09.00 La psychanalyse en des temps mouvementés- La...

    Colloque du 50e Anniversaire de l'EBP-BSP

    La Psychanalyse en des temps mouvementés- La psychanalyse en mouvement 

    Il y a longtemps déjà que la psychanalyse s’est émancipée du domaine purement médical et qu’elle est devenue un mouvement mondial influençant tous les champs de la pensée et de la science. […] La psychanalyse est […] une des pierres angulaires qui a contribué à fonder notre avenir, à offrir une habitation pour une humanité libérée, qui sait…

    Thomas Mann, ”Die Sellung Freuds in der modernen Geistesgeschichte”, in: Die Psychoanalytische Bewegung, 1 jrg Mai-Juni 1929, heft 1.

    Depuis sa fondation, l’Ecole se réfère à Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse et à Jacques Lacan, défenseur d’un ”retour à Freud”. Au fil des ans, d’autres auteurs psychanalytiques marquants tels que Ferenczi, Klein, Winnicott, Bion et Szondi sont venus occuper plus explicitement le devant de la scène.

    A l’occasion de notre 50e anniversaire, nous voulons non seulement nous pencher sur notre histoire, mais aussi aller de l’avant. Au cours du siècle dernier, la psychanalyse a mis en mouvement toute une révolution. Aujourd’hui se pose à nouveau la question : quel avenir pour la psychanalyse et quelle psychanalyse pour l’avenir ?

    Tout change. Les sciences humaines deviennent de plus en plus des sciences du comportement. Les sciences connaissent des développements révolutionnaires. Socialement et culturellement, se produisent des déplacements fondamentaux : la globalisation et l’émergence de nouvelles grandes puissances, les nombreux conflits internationaux, les nouveaux medias etc… Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait aussi des changements dans le champ clinique : de nouvelles pathologies, une nouvelle pathoplastie… Envers les thérapeutes et les thérapies, notre société a des attentes nouvelles. Elle prône les approches fondées sur les preuves et celles basées sur l’éthique ; elle recherche l’efficience et l’efficacité.

    Voilà pourquoi nous avons choisi pour thème de notre colloque La psychanalyse en des temps mouvementés, la psychanalyse en mouvement. Quatre variations autour de ce thème : quel type de rapport – amour/haine, liaison dangereuse – la psychanalyse entretient-elle avec les psychothérapies et avec les sciences et plus particulièrement avec les neurosciences ? Quel est son rapport au social et, en fin de compte, à lart ?

    La psychanalyse est-elle en mesure d’apporter des réponses nouvelles à ces questions ‘neuves’, tout en étant anciennes ? Par rapport à quoi peut-elle se prononcer en toute légitimité et doit-elle le faire ? Sur quoi doit-elle se taire ? Par rapport à ces thèmes, est-elle un paradigme approprié, l’unique ? Comment la psychanalyse se réinvente-t-elle en ces temps mouvementés ? Peut-elle offrir, à l’homme et à la société, une contribution innovante et significative – fût-ce par un nouveau retour à Freud, Lacan, Klein, Bion et quelques autres ?

    Ce colloque se veut à la fois une esquisse panoramique et un fil conducteur pour les années à venir afin que, en tant qu’Ecole Belge de Psychanalyse, nous continuions à travailler à une psychanalyse de l’avenir. 

    Oratrices & Orateurs 

    François ANSERMET (CH), psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne, de la NLS et de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Professeur de pédopsychiatrie à l’Université de Genève et chef du Service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent (SPEA) aux Hôpitaux Universitaires de Genève. Professeur ordinaire ad personam à l’Université de Lausanne. 

    • Lene AUESTAD (N)  est chargée de recherche à l’Université d’Oslo et rattachée au ‘Centre for Studies of the Holocaust and Religious Minorities’ à Oslo. Cofondatrice et coordinatrice de la collection de conférences Psychoanalysis and Politics. En 2015, sa thèse de doctorat est publiée chez Karnac: Respect, plurality and prejudice. A psychoanalytical and philosophical enquiry into the dynamics of social exclusion and discrimination. 

    • Albert CICCONE (F), psychologue, psychanalyste, professeur de psychopathologie et de psychologie clinique à l’université Lumière Lyon 2. Membre du comité de direction du SIICHLA: séminaire International Interuniversitaire sur la Clinique du Handicap . Ses derniers ouvrages : Honte, culpabilité et traumatisme (avec A. Ferrant), Dunod, 2009, La psychanalyse à l’épreuve du bébé, fondements de la position clinique, Dunod, 2012 et La violence dans le soin, Dunod, 2014. 

    Siri HUSTVEDT (USA),  poétesse, essayiste et romancière, diplômée (Ph.D.) en littérature anglaise à l’université Columbia ; ses écrits sont traduits en 30 langues. En français, ils sont tous publiés chez Actes Sud. Divers prix littéraires lui ont été attribuésNeuropsychoanalysis, Seizure: The European Journal of Epilepsy, en / et Clinical Neurophysiology e.a. publient ses écrits autour de la question du soi en psychiatrie, dans les neurosciences et en psychanalyse.

    Intervenant invité

    Lucien MELESE est psychanalyste (Paris) de formation médicale, scientifique et artistique. Il fut responsable de la revue L'imparfait. Il est présentement membre affilié de la Société de Psychanalyse Freudienne. Il a publié e.a.: La psychanalyse au risque de l'épilepsie (2000). 

    Intervenants EBP-BSP Sprekers

    • Ariane BAZAN is biologe, psychologe en psychoanalytica in privé praktijk. Elle est professeure de psychologie clinique à l’ULBruxellesAgnès BRESSOLETTE est psychologue, psychothérapeute, psychanalyste dans un service de soins palliatifs et en privé • Jan CAMBIEN is psychiater, psychoanalyticus en werkt in cgg Andante in Antwerpen en in privé praktijk • Philippe CATTIEZ est psychiatre au SSM Chapelle-aux-Champs • Anne-Françoise DAHIN est psychologue, psychanalyste et psychodramatiste • Johan DE GROEF is voorzitter van de BSP, psychoanalyticus in privé praktijk • Ingrid DEMUYNCK is psychoanalytica, groepstherapeute en supervisor postgraduaat Psychoanalytische Therapie KULeuven • Luc DETHIER est psychanalyste • Lili DE VOOGHT is staflid psychiatrie, Mind Body Unit, UPC KULeuven, psychoanalytica, lid Ecole Française de Daseinsanalyse• Freek DHOOGHE is psychoanayticus, responsable thérapeutique de la ‘Traversière’ en voorzitter EMDR-Belgium • Jean FLORENCE est psychanalyste, professeur émérite de l’UCLouvain et des Facultés St Louis, Directeur honoraire du Centre d’études théâtrales de l’UCL• Tomas GEYSKENS is doctor in de filosofie en psychoanalyticus. Hij werkt in Zonnelied, Roosdaal • Philippe GOOSSENS est psychiatre, psychanalyste, responsable clinique du WOPS • Barbara HAVERHALS is doctor in de wijsbegeerte en psychoanalytica • Vincent MAGOS est psychanalyste et responsable de Yapaka • Francis MARTENS est psychologue, anthropologue, psychanalyste, membre du Conseil scientifique de la fondation Jean Laplanche (Institut de France) • Catherine PETIT est psychiatre, psychanalyste, directrice médicale au SSM Psychoetterbeek • Didier ROBIN est psychologue, psychanalyste, superviseur d’équipes et formateur (Chapelle-aux-Champs, Le méridien et LBFSM) • Jacques ROISIN est psychanalyste, chargé de cours en criminologie à l’UCLouvain • Trees TRAVERSIER is psychoanalytica, Vlaamse voorzitter Stichting Psychoanalyse en Cultuur, lid vzw OU-KI treestraversier.weebly.comJan VAN CAMP is psychoanalyticus, opleider en supervisor bij de postgraduateopleiding analytische psychotherapieaan de KULeuven en docent aan de Luca-School of Arts voor de opleidingen muziek en drama• Fons VAN COILLIE is filosoof, psychoanalyticus werkend in privé praktijk en lid van de Vlaamse Vereniging voor Psychoanalytische Therapie • Rudy VANDENBORRE is psychoanalyticus en werkt aan zijn tweede dichtbundel VliegwerkPatrick VANDERMEERSCH is emeritus hoogleraar godsdienstpsychologie aan de Rijksuniversiteit Groningen • Anne VEROUGSTRAETE est philologue, psychothérapeute au SSM Le Chien Vert, psychanalyste • Ria WALGRAFFE est psychologue, psychanalyste, vice-présidente de l’EBP.

     

    Programme détaillé

    Anglais, français, néerlandais simultanément

    Vendredi 29.05.2015

    08:15 Accueil 

    Matinée 

    Psychanalyse et sciences, une liaison particulière ?

    Président de séance : Johan DE GROEF (N)

    09:00  Ouverture

    09:10  François ANSERMET (F), Y a-t-il une science du sujet ?

    10:00  Discutants: Luc DETHIER (F), Patrick VANDERMEERSCH (N)

                     Débat

    10:30  Pause

    11:00  Ariane BAZAN (N), Psychoanalyse en neurowetenschappen

    11:40  Discutants : Philippe CATTIEZ (F), François ANSERMET (F)

                      Débat 

    12:30  Lunch

    Après-midi 

    Psychanalyse et psychothérapie, beaucoup de nuances de gris

    Modérateur : Philippe GOOSSENS (F)

    14:00  Présentation de 

    14:10  Albert CICCONE (F), Fondements de la position clinique

    14:55  Discutants : Catherine PETIT (F), Fons VAN COILLIE (N)

                       Débat

    15:30  Pause 

    Moderator : Jan CAMBIEN (N)

    16:00  Anne-Françoise DAHIN (F), Le psychodrame est-il psychanalytique ?

    16:15  Lili DE VOOGHT (N), De psychiater-psychoanalyticus : een oorspronkelijke en noodzakelijke incompatibiliteit

    16:30  Didier ROBIN (F), L’impact de la prise en compte du transfert dans les pratiques institutionnelles et de réseau

    16:45  Freek DHOOGHE (N), Psychoanalyticus zijn en EMDR gebruiken ?

    17:00  Albert CICCONE clôture

     Débat

    Samedi 30.05.2015

    08:15 Accueil 

    Matinée Psychanalyse et arts : entre partition et exécution

    Présidente de séance : Ria WALGRAFFE (F)

    09:00  Ouverture

    09:10   Siri HUSTVEDT (E), Inside the room

    09:55  Discutants : Lucien MELESE (F), Ingrid DEMUYNCK (N)

                     Débat 

    10:30  Pause 

    11:00  Jean FLORENCE (F), L’analyste à l’école de l’artiste

    11:15  Jan VAN CAMP (N), Voor een ‘ganz musikalische’ psychoanalyse 

    11:30  Anne VEROUGSTRAETE (F), L’art pour que les chambres d'échos ne soient pas des chambres sourdes

    11:45  Rudy VANDENBORRE (N), Ambrosia, wat vloeit mij aan? uw schedelveld is koeler maan

    12:00  Siri HUSTVEDT (E)

                        Débat

    12:30  Lunch

    Après-midi 

    La psychanalyse et sa pertinence sociétale

    Président de séance : Johan DE GROEF

    14:00  Présentation de 

    14:10  Lene AUESTAD (E), Prejudice, Exclusion, and the Social Unconscious

    14:55  Discutants : Barbara HAVERHALS (N), Francis MARTENS (F)

                          Débat 

    15:30  Pause 

    16:00  Vincent MAGOS (F), Pour une psychanalyse hors champ stérile

    16:30  Agnès BRESSOLETTE (F), Quand la fin de vie parle du social : la psychanalyse en travail

    16:45  Trees TRAVERSIER (N), F. Dolto vandaag : Huizen en Villa’s voor OUders en KInderen.

    17:00  Tomas GEYSKENS (N), ”Heilige Elvis, bid voor ons”. Over psychoanalyse en de kliniek van de handicap

    17:15  Jacques ROISIN (F), Comment j’étais psychanalyste dans un service d’aide aux justiciables et aux victimes 

                           Débat 

    17:30  Réception de clôture

     

    exclusivement par congres.ebp-bsp@hotmail.com

     

    définitive après paiement au compte de EBP-BSP: BE42 0689 0197 6654 (Bic : GKCCBEBB), en mentionnant date(s) - nom  

     

     

    avant / vóór 1.05.2015

    après / na 1.05.2015

    29 en / et

    30/05/2015

    29 of / ou

    30/05/2015

    29 en / et

    30/05/2015

    29 of / ou

    30/05/2015

    Nonmembre /niet lid

    170€

    90€

    190€

    100€

    EBP-BSP

    120€

    65€

    140€

    80€

    Etudiant/ Student

    130€

    70€

    150€

    90€

     

    lunch inclus • inbegrepen

    Pratiquement 

     

    Quand ?   vendredi 29 et samedi 30 mai 2015

     

    Où ?   Odisee, Rue d’Assaut 8, 1000 Bruxelles

     

    Accès ?   voiture et parkings : voir plan : https://goo.gl/maps/MAU1o

                   en train : Gare Centrale 

     

    Hôtel ?    Bedford Hotel*** Rue du Midi 1000 Brussel-Bruxelles, 10' à pied

                    tarif préférentiel EBP-BSP formulaire sur demande

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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bsp-ebp Ecole Belge de Psychanalyse Les textes fondamentaux
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"L'Ecole Belge de Psychanalyse" par Antoine Vergote

 

Une psychanalyse, c’est une remémoration vigile, même si elle est hystérique. Elle n'est ni une pure anamnèse ni une analyse du simple hic et nunc. Il en va de même pour l'analyse de la vie d'un groupe ou d'une Ecole de Psychanalyse. Pour vous parler de notre Ecole aujourd’hui, je commencerai par vous rappeler ses origines pour les mettre en rapport avec les activités et les problèmes actuels.
 Vous connaissez les fondateurs de l'Ecole. Par ordre alphabétique ce sont: D. Desmedt, P. Duquenne, W. Huber, R. Ingels, Jean-Claude Quintart, J. Schotte et A. Vergote. Tous étaient membres de l'ancienne Société française de Psychanalyse (Lacan, Lagache, Dolto...). Des raisons scientifiques, en lien avec les principes concernant la formation dispensée, nous ont amenés à opter pour une formation psychanalytique au sein d’un groupe freudien déterminé (à Paris ou à Zurich) en dépit du fait que ce groupe n'appartenait pas à l'Association Psychanalytique Internationale. Par la suite, malgré certains bons rapports personnels, il nous est vite apparu que nous n'avions aucune chance de pouvoir collaborer avec l'Institut de Psychanalyse de Bruxelles, l'actuelle Société Belge de Psychanalyse. Nos conceptions s'y opposaient. C’est ainsi que nous avons fondé nous-mêmes une Ecole de Psychanalyse. Nous avions réfléchi à cette dénomination, inspirée de J. Lacan, et elle nous semblait justifiée. Elle était l'expression symbolique de nos conceptions.

1. "Ecole". Par cette dénomination, nous avons suivi l'exemple de Lacan. Ce terme indique qu'une Société ou une Association de Psychanalyse n'est en rien un syndicat ou une institution de défense des intérêts professionnels, mais qu’il s’agit d’un groupe de formation et de recherche continues.

2. "Belge". Bien que presque tous issus de l'Université de Louvain, nous ne voulions pas lier notre Ecole à cette université. Nous avons donc établi notre siège à Bruxelles. C’est d’ailleurs à Bruxelles que nous nous réunissions le plus souvent au début. A la demande des participants nous avons ensuite déplacé provisoirement et partiellement nos réunions à Louvain, en raison des facilités  d'accès et d’un local disponible. Mais rien ne nous obligeait à maintenir à Louvain le lieu de nos assemblées. Signalons par ailleurs que des analystes, venant d'autres universités, se sont vite associés à notre Ecole.

3. "de Psychanalyse". Nous avons jugé que ce seul terme suffisait à nous situer par rapport aux problèmes de l'orthodoxie psychanalytique, définie par un certain nombre de conceptions théoriques. Il est évident que les psychologies jungienne, adlérienne et behavioriste (Skinner et Eysenck), rejettent les théories fondamentales de la pratique analytique. Freud lui-même a clairement exposé les concepts qui fondent la psychanalyse en tant que science et pratique autonomes. "L'hypothèse de processus animiques inconscients, la reconnaissance de la doctrine de la résistance et du refoulement, le prix accordé à la sexualité et au complexe d'Oedipe, sont les contenus principaux de la psychanalyse et les fondements de sa théorie, et qui n’est pas en mesure de souscrire à tous ne devrait pas se compter parmi les psychanalystes." (Psychanalyse et théorie de la libido, OCFP XVI, 196). Ces concepts théoriques majeurs délimitent notre domaine d'observation spécifique  et constituent la base théorique sur laquelle nous avons fondé notre Ecole.

Cette référence à Freud, inhérente aux termes "Ecole de Psychanalyse", est essentielle mais n’indique en rien la spécificité de notre Ecole. Par cette référence à Freud, notre Ecole s'apparente à tous les autres Instituts et Sociétés de Psychanalyse. Mais elle ne dit pas pourquoi nous avons préféré fonder une nouvelle association de psychanalyse. Une intention plus spécifique a présidé à notre initiative: nous voulions nous inscrire dans le prolongement de l'œuvre de Lacan, et aussi de celle de Szondi et de Binswanger pour certains d’entre nous. Voici comment je résumerais ce projet: un retour à Freud, éclairé par les sciences humaines et les nouvelles perspectives psychiatriques qui permettent de mieux comprendre Freud, de penser ce qui en lui reste impensé, d'élaborer et d’articuler avec rigueur ses concepts théoriques fondamentaux. En ce sens nous nous sommes joints au deuxième grand mouvement historique de la psychanalyse, inauguré et poursuivi par Lacan, mouvement que continuent même les groupes qui, pour diverses raisons, se sont séparés de Lacan et de la Société Française de Psychanalyse, comme l'Association Psychanalytique de France, fondée en 1964 (D. Lagache, D. Anzieu, J. Laplanche, J.-P. Pontalis, W. Granoff...), et le Quatrième Groupe ("Topique"; P. Aulagnier, Fr. Perrier, J. Valabrega) en 1969.

Faire, de par nos options théoriques et pratiques, un procès d'orthodoxie à d'autres groupes freudiens n’était nullement dans nos intentions. Et si certains membres de notre Ecole décident un jour de se scinder de notre cellule originaire, je ne crois pas que nous (le bureau actuel) considérerions la cellule scindée comme une cellule cancéreuse contre laquelle nous mobiliserions toutes sortes de gènes immunologiques! Ce serait là une bien piètre conception de la psychanalyse comme science! Pareilles attitudes témoigneraient d'une connaissance assez primaire de l'œuvre de Freud. Il suffit en effet d'étudier un peu sérieusement les revirements théoriques que Freud lui-même  a accomplis – par ex. le passage à la deuxième topique, l'introduction de la pulsion de mort, les remises en question de la structure du complexe d'Oedipe – pour être convaincu que, dans le domaine de la psychanalyse, il y a place pour des conceptualisations différentes s'efforçant de thématiser les principes fondamentaux. Freud lui-même était d'ailleurs hostile à une systématisation trop poussée, dont la rigidité stériliserait la pensée et figerait la pratique. Souvenons-nous du reproche qu'il a adressé à Adler: "la théorie adlérienne fut dès le tout début un ”système”, ce que la psychanalyse évita soigneusement d'être. Elle est aussi un excellent exemple d'élaboration secondaire" (Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, OCFP XII, 299).

C'est parce que nous n'avons pas trouvé ailleurs la latitude de poursuivre notre double projet – le retour à Freud ainsi que l’interprétation et l'articulation des théories freudiennes à l'aide des sciences humaines – que nous avons fondé notre Ecole.

Pour ne pas geler l'esprit de recherche, pour ne pas figer la psychanalyse dans la hantise d'un quelconque purisme, nous avons aussi refusé de codifier plus strictement l'esprit de notre Ecole. Les deux principes énoncés nous ont paru suffire.

La question de notre rapport avec d'autres écoles et sociétés se trouve dès lors posée. D'abord nos rapports à l'Internationale. Certains d'entre nous y appartiennent par le lien organique qu'ils ont avec l'une ou l'autre Société. S’il arrivait que l'Internationale reconnaisse notre Ecole, nous nous en réjouirions. Nous sommes convaincus de satisfaire à toutes les exigences en ce qui concerne théorie et formation. Mais en tant qu'Ecole, nous ne ferons aucune concession pour y être admis.

Nous entretenons des rapports d'amitié et de collaboration avec plusieurs groupes, qu'ils appartiennent ou non à l'Internationale. Ce qui nous importe, c'est l'esprit de leur recherche et leur conception de la pratique et de la formation. Ainsi nous jugeons qu’il est très enrichissant pour nos candidats de pouvoir suivre une formation complémentaire, soit en participant à des séminaires, soit par des supervisions, à l'Institut Szondi, à la Nederlandse Gezelschap voor Psychoanalyse, au Quatrième Groupe, à l'Association Psychanalytique de France, à l'Ecole Freudienne de Paris.

Il va de soi que nous avons des liens privilégiés avec l'Ecole Freudienne de Paris dont Lacan est le directeur. D'ailleurs l'Ecole Freudienne de Paris tient à reconnaître officiellement notre Ecole comme étant le groupe belge qui en fait partie, sans que nous ayons fait une demande en ce sens. Nous avons toutefois pensé que, comme telle, notre Ecole ne doit obliger personne à être d'office membre de cette Ecole; bien entendu, nous laissons à nos membres la liberté de décider de leurs éventuels liens personnels avec l’Ecole Freudienne. On ne peut obliger personne d'entre nous à payer des cotisations à notre Ecole et à celle de Paris. On ne peut pas non plus empêcher un membre de notre Ecole de s'affilier au Quatrième Groupe (présidé par Aulagnier) ou à l'Association, s'il le désire. Quelle que soit l'instance de la LETTRE (freudienne), elle ne doit pas diviser ceux qui souhaitent participer au projet qui est le nôtre. Ainsi nous comptons faire profiter notre Ecole des contributions de diverses personnalités qui peuvent nous apprendre ce qu’est la psychanalyse: qu’il s’agisse d’ Aulagnier, de Perrier, de Safouan, de Pankow, de Dolto ou de Lacan.

J'espère que ce propos sur l'origine de notre Ecole et sur l'intention qui nous anime a pu répondre aux questions que se posent à juste titre ceux d'entre vous qui n'ont pas pu participer à nos premiers débats.

 

Nos conceptions de la psychanalyse nous ont amenés à concevoir et à mettre sur pied un cycle de formation orientant nos conditions d'admission.

On peut discuter de la raison d'être d'une Société ou d'une Ecole de psychanalyse. On peut en évaluer les avantages et les inconvénients. On peut penser qu'en principe un psychanalyste "ne s'autorise que de lui-même" et qu'il ne doit pas nécessairement appartenir à une Ecole ou à une Société. J'imagine fort bien qu'instruit des avatars de l'institutionnalisation de la recherche et de la formation dans l’histoire de la psychanalyse, on puisse refuser de s'affilier à un groupe. Dans ce cas, le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même. N'importe qui peut se déclarer psychanalyste en vertu de la formation qu'il juge suffisante. Dans tous les pays, il y a des gens qui fonctionnent en tant que psychanalyste sans avoir acquis une formation supérieure et sans être passé par une Ecole. Rien ne s'y oppose ni de fait ni de droit. Le titre de psychanalyste n'est pas protégé et il peut difficilement l'être, puisque la formation analytique complète ne pourra jamais faire l'objet d'un cursus universitaire. Mais dès le moment où quelqu'un entend se présenter et se déclarer un psychanalyste dont un groupe publiquement reconnu se porte garant, il participe à l'institution et il accepte l'esprit et les règles du groupe par lequel il veut se faire reconnaître et agréer.

Nos principes de formation s'inspirent directement de ceux de Freud lui-même. Chacun sait en effet que Freud a fait la découverte de la psychanalyse par la conjonction des trois éléments suivants: son auto-analyse, sa pratique thérapeutique et son travail d'interprétation et de conceptualisation théorique. Selon nous, "l'être analyste" se fait toujours par la conjonction de ces trois données. Leur mise en œuvre reste difficile et aléatoire, mais personne ne peut contester l'importance de l'une quelconque de ces trois données. Personne ne peut non plus recommencer ‘ab ovo’ la démarche freudienne. Personne d'entre nous ne peut avoir la prétention de réitérer le cheminement exploratoire originel du génial Freud. Il a construit une œuvre théorique qui définit la psychanalyse comme un champ scientifique spécifique et qui guide la praxis analytique.

Par la suite, l'avancement des sciences du langage et de la psychiatrie, la mise en contact d’observations analytiques et de concepts philosophiques (Hegel, la phénoménologie, Heidegger), l'extension systématique de la psychanalyse à l'enfant, le projet szondien d'intégrer dans la psychanalyse des vecteurs peu explorés par Freud, l'effort pour adapter la psychanalyse au psychotique, ont contribué à élargir, approfondir, repenser les principes fondamentaux de Freud et d’en étendre le champ d’applications. C'est dire qu'il ne serait plus justifié de vouloir pratiquer la psychanalyse sans avoir été suffisamment initié aux connaissances fondamentales qui, tout en étant léguées par l'histoire de la psychanalyse, restent ouvertes à la recherche. Le terme ”institution” prend ici son sens véritable: c'est en raison de la transmission d'une science spécifique que se justifient les institutions psychanalytiques. C'est parce qu'un savoir de l'inconscient, des pulsions et de leurs destins s'est institué, qu'une Ecole de Psychanalyse est une institution: elle s'approprie ce savoir à sa manière et elle le transmet en l’approfondissant ou en l’enrichissant. Ce seul savoir ne suffit bien sûr pas pour être psychanalyste. Aussi l'analyse personnelle demeure-t-elle un élément primordial dans la formation. L'analyse personnelle et la pratique analytique ensuite, permettent de faire connaissance avec le non savoir dans le savoir. Tout véritable psychanalyste en fait l'expérience: il suffit de quelques séances pour que celui qui croit en savoir long sur les théories, fasse la pénible expérience que ses constructions sont poreuses et risquent de s'écrouler.

L'expérience des supervisions nous montre aussi deux choses.

Premièrement, celui qui n'a pas de formation théorique approfondie ne sait pas entendre ce qui vient de l'inconscient. Le paradoxe de l'analyse, c’est que l'écoute de l'inconscient n'est jamais directe mais médiatisée par les concepts théoriques qui rendent audibles des données non directement perceptibles comme les pulsions, le désir, les signifiants inconscients. Le déclin de la psychanalyse est toujours l'effet d'une prétention à "subodorer" qui se substituerait à l'interprétation guidée par des constructions théoriques.

Deuxièmement, l'expérience des supervisions montre aussi que celui qui est sérieusement formé se trouve constamment surpris de ne rien savoir. Je dis bien: celui qui a reçu une solide formation; car les autres n’entendent rien au-delà du discours manifeste et, sans même le savoir, ils font entrer ce qui se dit dans des schémas simplistes qu'on peut lire dans les manuels.

Ces principes que je viens d’évoquer ne sont évidemment que des éléments de base. Il est toujours difficile de mettre ceux-ci en pratique. Je ne méconnais pas les lacunes de notre formation. Plusieurs remarques critiques dénoncent l'allure trop théorique de nos séminaires. Je suis le premier à souhaiter que le travail théorique trouve un lien plus étroit avec la praxis analytique. Mais je vous assure que vous demandez là ce qui est le plus difficile à réaliser. J'espère que les remaniements de nos séminaires réaliseront au mieux notre projet de départ. Nous ne voudrions toutefois pas diminuer nos exigences de formation théorique. Plusieurs d'entre vous ont jadis été témoin des inepties qui se disent et des bêtises qui se font par manque de formation théorique. N'oublions d'ailleurs pas que c'est grâce à l'effort soutenu de théorisation que Freud a pu faire avancer la praxis et que Lacan a pu libérer la psychanalyse de l'obsessionalisation dans laquelle l'avaient bloquée des concepts mal pensés ou empruntés à des systèmes non analytiques. Moi-même je vous ai exposé l'an passé comment aux U.S.A. la psychanalyse a pu se dégrader justement là où la formation théorique poussée a été négligée, là où l’on ne connaît plus les textes de Freud lui-même et où l’on s’isole dans des groupes coupés de l'échange scientifique avec d'autres disciplines. A ce propos l'on pourrait bien utilement relire le projet de Freud sur la formation de l'analyste.

Nos exigences de formation théorique nous ont amenés à n'admettre en règle générale au sein de l'Ecole que des personnes qui ont achevé une formation universitaire, ou qui peuvent témoigner d'une formation équivalente. Nous avons par ailleurs jugé que ce serait un non-sens de vouloir prodiguer toute la formation psychiatrique et psychanalytique de base que l'on peut suivre à l'Université. C’est pourquoi nous exigeons que les universitaires non médecins et non psychologues, ou psychologues et médecins insuffisamment formés en psychologie clinique, et qui veulent entrer au sein de notre Ecole, doivent d'abord entreprendre une formation supplémentaire, théorique grâce à des cours apparentés à notre domaine et pratique par un stage en psychiatrie. C'est là le seul lien que nous ayons avec l'Université.

La formation que dispense notre Ecole se compose des trois éléments que j'ai déjà énoncés. Pour que le lien se crée entre savoir théorique indispensable et pratique, en d'autres termes pour que "l'être analyste" advienne, nous attachons une grande importance aux supervisions où précisément l'écoute d'un tiers contribue à favoriser ce lien. Pour éviter que l'analyse ne suive de façon stéréotypée un modèle particulier, et pour que le futur analyste ne soit pas prisonnier d'une identification spéculaire à son analyste, nous exigeons deux supervisons auprès de deux membres autres que le psychanalyste avec lequel l'analyse à visée didactique s'est faite. Nous n'avons pas voulu que, à l’instar de certains groupes, le "didacticien" devienne le maître de ses "élèves".

Certains décrètent que l'Ecole devrait d'abord parler de "l'être analyste" et non pas de la formation d'un savoir analytique; qu'elle devrait approfondir "le désir de l'analyste" et non pas les théories analytiques. Mais le désir de l'analyste n'est pas une nébuleuse abstraite. Il est inscrit dans l'histoire très personnelle et inconsciente de chacun et il appartient à l’"après-coup" des destinées individuelles. On pourrait y consacrer un séminaire; mais je crains fort que l'on ne s'en tienne qu'à des élaborations secondaires. "L'être analyste" ne s’offre pas en conclusion d'un séminaire, qu'il soit clinique, théorique ou même psychodramatique; il ne se produit que par la conjonction renouvelée des trois éléments qui ont conduit Freud, non pas à ”être analyste”, mais à le devenir progressivement. Seul le fait de s’engager dans des thèmes particuliers (l'angoisse, la mort, les processus compulsifs secondaires, le schéma corporel et l’image du corps...) nous aide à progresser dans le devenir analyste. A vouloir ”être analyste” dans l'abstrait, on se laisse fasciner par un fantasme; car le propre du fantasme c’est précisément de tenir captif celui qui a élevé à l'abstraction neutre des représentations fort investies, qu’il répète  inconsciemment de façon compulsive.

Une société de psychanalyse est toujours une institution difficile, et ce, pour beaucoup de raisons à la fois théoriques et pulsionnelles. D'ailleurs si, comme l'a dit Freud, l'analyse est une paranoïa dirigée, comment le fonctionnement d'un groupe d'analystes pourrait-il être confortable? Plusieurs candidats se plaignent d'ailleurs de l'agressivité, de la compétition intellectuelle, de la fascination puriste et que sais-je encore, qui paralyse parfois les séminaires. Il est bon que nous en prenions conscience. Sans doute peut-on espérer que des groupes de travail plus réduits faciliteront les échanges, détendront les esprits, délieront les langues, laisseront aussi advenir ce qui de l'inconscient parle et, enfin, favoriseront la collaboration et l'initiative. La participation active des membres, trop souvent absents actuellement, pourrait également contribuer à l'orientation plus clinique des séminaires. Vous avez le droit de le leur demander.

Il reste une dernière question importante, qui a suscité quelques remous et malentendus. On a posé la question de savoir si, dans l'Ecole, on peut devenir analyste tout en ne faisant que des analyses d'enfant. Après réflexion nous avons répondu par l’affirmative. Certains ont compris que, selon nous, un analyste d'enfant devrait se limiter à cette spécialité. Ce n'est pas notre intention. Nous ne croyons pas non plus qu'il y ait une raison décisive pour qu'un analyste d'enfants doive d'abord pratiquer des analyses d'adultes. Rien ne l'en empêche, rien ne l'y oblige. Toutes les raisons invoquées peuvent être retournées en leur contraire. Si, pour devenir analyste d'enfants, il faut d'abord avoir l'expérience de l'analyse d’adultes, il faudrait aussi bien avoir expérimenté l’analyse d'enfants avant d’entreprendre celle d’adultes. Devant l'absence d'arguments pertinents en faveur de l’une ou l’autre position, nous laissons à nos candidats et à nos membres la liberté de commencer par l'analyse d'enfants et même qu’elle fasse l’objet des deux supervisions requises. Toutefois, si cet analyste d'enfants désire étendre sa pratique aux adultes, nous estimons qu'il devra entamer une formation complémentaire par deux nouvelles supervisions.

Le texte du règlement d'ordre intérieur de notre Ecole est fort concis; il formule en quelques règles directrices la conception qui a servi de fondement à l’institution de notre Ecole. Au nom de tous les membres, je viens de vous en éclairer le sens. Le Moniteur ne publiera qu'un texte attestant la fondation de l'Ecole Belge de Psychanalyse - Belgische School voor Psychoanalyse, conformément à la loi concernant les associations sans but lucratif.

 

 
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