"L'Ecole Belge de Psychanalyse" par Anton Vergote
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Vergote
Ce texte avec celui de Jean Florence: De notre référence à Freud et à Lacan peuvent être considérés comme la mise en forme des repères fondamentaux de l'Ecole Belge de Psychanalyse. Ce texte, paru en juin 1972, donne une vue historique sur la fondation de l'Ecole.
Chaque terme dans le nom de l'Ecole est situé.
Vergote parle des liens avec les autres écoles et de la formation qui est basée sur les textes de Freud.
On devient analyste par la triple formation: analyse personnelle, connaissance théorique et praxis analytique.
Vergote aborde la difficulté d'une association psychanalytique comme institution, avec, par exemple, l'accueil des analystes qui ne travaillent qu'avec des enfants.

Sa fondation, ses conceptions, son règlement interne.

Source: Exposé du Président A. Vergote, réalisé en réponse aux questions posées à la réunion plénière le 28 juin 1972.

La Psychanalyse est une remémoration vigile, même si elle est hystérique. Elle n'est ni une pure anamnèse ni une analyse du simple hic et nunc. Il en va de même pour l'analyse de la vie d'un Groupe ou d'une Ecole de Psychanalyse. Aussi, pour vous parler de notre Ecole, commencerai-je par remémorer ses origines afin de rapporter celles-ci aux activités et aux problèmes de l'heure présente.
Les fondateurs de l'Ecole vous sont connus. Ce sont par ordre alphabétique: D. Desmedt, P. Duquenne, W. Huber, R. Ingels, Jean-Claude Quintart, J. Schotte et A. Vergote. Tous appartenaient à l'ancienne Société française de Psychanalyse (Lacan, Lagache, Dolto...). Des raisons scientifiques, solidaires des principes concernant la formation dispensée, nous avaient fait opter pour une formation psychanalytique dans un groupe freudien déterminé (à Paris ou à Zurich) en dépit du fait que ce groupe n'appartenait pas à L'Internationale. Par la suite, malgré certains bons rapports personnels, nous nous sommes vite rendu compte que nous n'avions aucune chance de pouvoir collaborer avec l'Institut de Psychanalyse de Bruxelles, l'actuelle Société Belge de Psychanalyse. Nos conceptions s'y opposaient. Nous avons donc fondé nous-mêmes une Ecole de Psychanalyse. Cette dénomination, inspirée par J. Lacan, avait fait l'objet de nos réflexions, et elle nous semblait se justifier. Elle était, pour nous aussi, l'expression symbolique de nos conceptions.

1. "Belge". Venant presque tous de l'Université de Louvain nous ne voulions cependant pas lier notre Ecole à cette Université. Aussi notre siège est-il à Bruxelles. Au départ nous nous sommes même presque toujours réunis à Bruxelles. A la demande des participants nous avons ensuite déplacé provisoirement et partiellement nos réunions à Louvain, en raison des avantages d'accès et de local que présentait ce lieu. Mais rien ne nous oblige de maintenir à Louvain le lieu de nos assemblées. Signalons, d'ailleurs, que bien vite des analystes venant d'autres Universités se sont associés à notre Ecole.
2. "Ecole". Par cette dénomination nous avons suivi l'exemple de Lacan. Ce terme indique qu'une Société ou une Association de Psychanalyse n'est ni un syndicat ni une Institution qui défend d'abord les intérêts professionnels, mais un groupe de formation et de recherche continues.
3. "de Psychanalyse". Nous avons jugé qu'à elle seule cette marque suffit pour nous situer par rapports aux problèmes de l'orthodoxie psychanalytique. Un certain nombre de conceptions théoriques définit la psychanalyse. Il est clair que les psychologies jungiennes, adlériennes et behavioristes telles que les comprennent Skinner et Eysenck, éliminent les théories fondatives de la pratique analytique. Freud lui-même a clairement exposé les conceptions qui fondent la psychanalyse en tant que science et pratique autonomes. "L'hypothèse de processus psychologiques inconscients, l'acceptation de la doctrine de la résistance et du refoulement, l'appréciation de la sexualité et du complexe d'Oedipe, sont les principaux contenus de la psychanalyse et les fondements de sa théorie, et quiconque ne peut les approuver tous ne devrait pas se compter parmi les psychanalystes." (Psychanalyse und Libidotheorie, G.W. XIII, 223). Ces conceptions théoriques majeures délimitent notre domaine spécifique d'observation et constituent la base théorique sur laquelle notre Ecole s'est fondée. Cette référence essentielle à Freud que dénote précisément le terme "Ecole de Psychanalyse", ne connote cependant pas la spécificité de notre Ecole. Par cette référence, en effet, notre Ecole s'apparente à tous les Instituts et à toutes les Sociétés de Psychanalyse. Elle ne dit pas encore la raison pour laquelle nous avons préféré fonder un nouveau groupe de psychanalyse. Un projet plus spécifique a présidé à notre initiative. Celle-ci s'inscrit essentiellement dans la suite de l'oeuvre de Lacan, et, pour certains et dans une certaine mesure, de celle de Szondi et de Binswanger. Je peux résumer ainsi cette inspiration: un retour à Freud éclairé par les sciences humaines et psychiatriques qui permettent de mieux comprendre Freud, de penser ce qui en lui reste impensé, d'articuler avec rigueur les concepts théoriques fondatifs promus par Freud. En ce sens nous nous sommes unis au deuxième grand mouvement historique de la psychanalyse qui fut inauguré et poursuivi par Lacan, mouvement que continuent même les groupes de ceux qui, pour plusieurs raisons, se sont séparés de Lacan et de la Société Française de Psychanalyse; ainsi l'Association Psychanalytique de France, fondée en 1964 (D. Lagache, D. Anzieu, J. Laplanche, J.-P. Pontalis, W. Granoff...), et, en 1969, le Quatrième Groupe ("Topique"; P. Aulagnier, Fr. Perrier, J. Valabrega).

Par nos options théoriques et pratiques nous n'avions nullement l'intention de faire à d'autres groupes freudiens un procès d'orthodoxie. Et si certains membres de notre Ecole décideront un jour d'opérer la scissiparité de notre cellule originaire, je ne crois pas que nous (le bureau actuel) considérerions la cellule scissipare comme une cellule cancéreuse contre laquelle nous mobiliserions toutes sortes de gènes immunologiques. Ce serait là avoir une bien piètre conception de la psychanalyse comme science! Pareilles attitudes témoignent aussi d'une connaissance assez primaire de l'oeuvre de Freud. Il suffit, en effet, d'étudier un peu sérieusement les renversements théoriques que Freud lui-même à accomplis - par ex. par le passage à la deuxième topique, par l'introduction de la pulsion de mort, par les remises en question de l'articulation du complexe d'Oedipe - pour être convaincu que dans le domaine de la psychanalyse, il y a place pour des conceptualisations différentes qui s'efforcent de thématiser les principes fondatifs. Freud lui-même était d'ailleurs hostile à une systématisation trop poussée dont la rigidité stériliserait la pensée et obsessionnaliserait la pratique. Souvenez-vous du reproche qu'il a adressé à Adler: "la théorie d'Adler était dès le départ un système, ce que la psychanalyse a soigneusement évité d'être. Elle [la théorie d'Adler] est un exemple remarquable d'élaboration secondaire..." (Zur Geschichte der Psychoanalytischen Bewegung, G.W. X, 96).

C'est parce que nous n'avons pas trouvé ailleurs la latitude pour poursuivre notre double rétation et de l'articulation des théories freudiennes à l'aide des sciences humaines, que nous avons fondé notre Ecole.
Pour ne pas geler l'esprit de recherche, pour ne pas figer la psychanalyse dans une hantise d'un quelconque purisme, nous avons aussi refusé de codifier plus strictement l'esprit de notre Ecole. Les deux principes énoncés nous ont paru suffire.
La question de nos rapports avec d'autres Ecoles et Sociétés se trouve dès lors posée. D'abord nos rapports à L'Internationale. Certains d'entre nous y appartiennent, par le lien organique qu'ils ont avec l'une ou l'autre Société. Et si jamais L'Internationale reconnaît notre Ecole, nous nous en réjouirons. Et nous sommes convaincus que nous satisfaisons à toutes les exigences de théorie et de formation. Mais en tant qu'Ecole nous ne ferons aucune concession pour obtenir l'admission.
Nous entretenons des rapports d'amitié et de collaboration avec plusieurs groupes, qu'ils appartiennent à L'Internationale ou non. Ce qui nous importe, c'est l'esprit de leur recherche et la conception de leur pratique et de leur formation. Ainsi nous jugeons très enrichissant que nos candidats prennent une formation supplémentaire, soit par la collaboration à des séminaires, soit par des contrôles, dans l'Institut de Szondi, dans le Nederlandse Gezelschap voor Psychoanalyse, dans le Quatrième Groupe, dans l'Association Psychanalytique de France, dans l'Ecole Freudienne de Paris.
Il va de soi que nous avons des liens privilégiés avec l'Ecole Freudienne de Paris dont Lacan est le Directeur. Officiellement l'Ecole freudienne de Paris tient d'ailleurs à reconnaître notre Ecole comme groupe belge en faisant partie, sans que nous ayons fait une demande en ce sens. Nous avons cependant pensé que, comme telle, notre Ecole ne doit obliger personne à être d'office membre de cette Ecole; bien entendu, nous laissons à nos membres la liberté de décider de leurs éventuels liens personnels avec cette Ecole. Personne d'entre nous ne peut être obligé de payer des cotisations à notre Ecole et à celle de Paris. Aucun membre de notre Ecole, non plus, ne peut être empêché de s'affilier, s'il le désire, au Quatrième Groupe (présidé par Aulagnier) ou à l'Association. Quelle que soit l'instance de la LETTRE (freudienne), elle ne doit pas diviser les esprits qui participent au projet qui est le nôtre. Ainsi nous comptons faire profiter notre Ecole des contributions de diverses personnalités qui ont à nous apprendre la psychanalyse: que ce soit Aulagnier, Perrier, Safouan, Pankow, Dolto ou Lacan.
J'espère que ce propos sur l'origine de notre Ecole et sur l'intention qui nous anime a pu répondre aux questions qu'à juste titre se posent ceux d'entre nous qui n'ont pu participer à nos premiers débats.
Nos conceptions de la psychanalyse nous ont amenés à concevoir et à mettre sur pied un cycle de formation et elles nous ont orientés dans nos principes d'admission.
On peut discuter de la raison d'être d'une Société ou d'une Ecole de psychanalyse. On peut évaluer les avantages et les désavantages. On peut penser qu'en principe un psychanalyste "ne s'autorise que de lui-même" et qu'il ne doit pas nécessairement appartenir à une Ecole ou à une Société. J'imagine fort bien qu'instruit par les malheurs historiques de l'institutionnalisation de la recherche et de la formation en psychanalyse, on refuse de s'affilier à un groupe. Dans ce cas, le psychanalyste ne relève que de lui-même. N'importe qui peut se déclarer psychanalyste, en vertu de la formation qu'il juge suffisante. Dans tous les pays, il y a des gens qui fonctionnent comme psychanalyste sans avoir acquis une formation supérieure et sans être passé par une Ecole. Rien ne s'y oppose ni en fait ni en droit. Le titre de psychanalyste n'est pas protégé et il peut difficilement l'être, puisque la formation analytique complète ne saura jamais faire l'objet d'un cursus universitaire. Mais du moment que quelqu'un entend se présenter et s'authentifier comme membre d'un groupe reconnu au for externe, il participe à l'institution et il accepte l'esprit et les règles du groupe par lequel il veut se faire reconnaître et authentifier.
Nos principes de formation s'inspirent directement de ceux de Freud lui-même. Chacun sait, en effet, que Freud a fait la découverte de la psychanalyse par la conjonction des trois éléments qui sont: son auto-analyse, sa pratique thérapeutique et son travail d'interprétation et de conceptualisation théorique. Selon nous, "l'être analyste" se fait encore par la conjonction de ces trois données. Leur mise en oeuvre demeure difficile et aléatoire, mais personne ne peut contester l'importance de l'une quelconque de ces trois données. Personne non plus ne peut plus recommencer ab ovo la démarche freudienne. Freud était un génie dont personne d'entre nous n'a la prétention de redoubler la démarche découvrante tout à fait originale. Avec Freud une oeuvre théorique a été construite qui définit le champ de la psychanalyse comme science spécifique et qui guide la praxis analytique. Par la suite, l'avancement des sciences du langage et de la science psychiatrique, la mise en contact des observations et des concepts analytiques avec la philosophie (par exemple Hegel, la phénoménologie, Heidegger), l'extension systématique de la psychanalyse à l'enfant, le projet szondien d'intégrer dans la psychanalyse des vecteurs peu explorés par Freud, l'effort de transposer la psychanalyse au psychotique, tous ces nouveaux destins de la psychanalyse ont permis d'élargir, d'approfondir et de mieux articuler les principes essentiels de Freud. C'est dire qu'il ne serait plus justifié de vouloir pratiquer la psychanalyse avant d'avoir été suffisamment initié aux connaissances fondamentales qui, tout en étant léguées par l'histoire de la psychanalyse, restent ouvertes à la recherche. Le terme d'institution prend ici son sens véritable: c'est en raison de l'héritage d'une science spécifique que se justifient les institutions psychanalytiques. C'est parce qu'un savoir de l'inconscient, des pulsions et de leurs vicissitudes s'est institué, qu'une Ecole de Psychanalyse est une institution: elle transmet et s'approprie à sa manière, elle approfondit ou enrichit ce savoir. On n'est pas encore psychanalyste par ce seul savoir. Aussi l'analyse personnelle demeure-t-elle un élément primordial dans la formation. Par l'analyse personnelle, ensuite par la pratique analytique, on fait l'apprentissage du non-savoir dans le savoir. Tout psychanalyste actuel en fait l'expérience: il suffit de peu de séances pour que le sujet qui croit en savoir long sur les théories, passe par la dure épreuve de voir ses constructions devenir poreuses et paraître s'effriter.
L'expérience des contrôles nous montre aussi deux choses. Premièrement, celui qui n'a pas de formation théorique approfondie, ne sait pas entendre ce qui se dit de l'inconscient. Le paradoxe de l'analyse est que l'écoute de l'inconscient n'est jamais directe mais médiatisée par les concepts théoriques qui produisent pour l'écoute des données non perceptibles directement, telles la pulsion, le désir, les signifiants inconscients. La décadence de la psychanalyse est toujours l'effet d'une "subodoration" directe qui se substitue à l'interprétation médiatisée par les constructions théoriques. Deuxièmement, l'expérience des contrôles manifeste aussi que celui qui est sérieusement formé, se trouve constamment surpris de ne rien savoir. Je dis bien: celui qui est sérieusement formé; car les autres ne savent pas entendre au-delà du discours manifeste et, sans le savoir même, ils captent ce qui se dit dans les rets des quelques schémas simples qu'on peut lire dans les manuels.
Ces principes ne sont évidemment que des options premières. Il est toujours difficile de mettre celles-ci en pratique. Je n'entends pas méconnaître les lacunes de notre formation. Plusieurs remarques critiques dénoncent l'allure trop théorique de nos séminaires. Je suis le premier à souhaiter que le travail théorique trouve un lien plus étroit avec la praxis analytique. Mais je vous assure que vous demandez là ce qui est le plus difficile à effectuer. J'espère que le remaniement de nos séminaires réalisera au mieux le projet qui était le nôtre dès le départ. Nous ne voudrions néanmoins pas diminuer nos exigences de formation théorique. Plusieurs d'entre nous ont été témoin jadis des inepties qui se disent et des bêtises qui se font par manque de formation théorique. N'oublions d'ailleurs pas que ce n'est que par l'effort soutenu de théorisation que Freud a pu faire avancer la praxis et que Lacan a pu libérer la psychanalyse de l'obsessionalisation dans laquelle l'avaient bloquée des concepts mal pensés ou empruntés à des systèmes non analytiques. Moi-même je vous ai exposé l'an passé comment aux U.S.A. la psychanalyse a pu ici et là se dégrader par l'abandon de la formation théorique poussée, par le manque de connaissance des textes freudiens et par la réclusion des groupes coupés de l'échange scientifique avec d'autres disciplines. L'on pourrait à ce propos bien utilement relire le projet freudien sur la formation de l'analyste.
Nos exigences de formation théorique nous ont amenés à n'admettre en règle générale à l'Ecole que des personnes qui ont accompli une formation universitaire, ou qui témoignent d'une formation similaire. Nous avons par ailleurs jugé que c'est un non-sens de vouloir donner toute la formation psychiatrique et psychanalytique de base que l'on peut prendre à l'Université. Pour cette raison nous exigeons que les universitaires non-médecins et non-psychologues, ou psychologues et médecins insuffisamment formés en psychologie clinique, et qui veulent devenir analystes-membres de notre Ecole, prennent d'abord une formation supplémentaire, formation théorique dans des cours congéniaux à notre domaine et formation pratique par un stage en psychiatrie. C'est là le seul lien que nous ayons avec l'Université.
La formation que dispense notre Ecole est composée des trois éléments que j'ai énoncés. Pour que le lien se fasse entre le savoir théorique indispensable et la pratique, en d'autres termes pour que "l'être analyste" se forme, nous attachons une grande importance aux contrôles, où l'écoute d'un tiers aide à opérer ce passage. Pour que l'analyse ne se ritualise pas selon un modèle toujours particulier, et pour que le futur analyste ne devienne pas prisonnier d'une identification spéculaire avec son analyste, nous demandons deux contrôles auprès de deux membres distincts du psychanalyste avec qui l'analyse à visée didactique s'est faite. Nous n'avons pas voulu que chez nous, comme dans certains groupes, le "didacticien" soit le maître de ses "élèves".
Certains disent que l'Ecole devrait d'abord parler de "l'être analyste" et non pas de la formation d'un savoir analytique; qu'elle devrait approfondir "le désir de l'analyste" et non pas des théories analytiques. Mais le désir de l'analyste n'est pas quelque nébuleuse abstraite. Il est inscrit dans l'histoire très individuelle et inconsciente de chacun et il participe à tous les "après-coup" des carrefours particuliers. On pourrait y consacrer un séminaire; mais je crains fort que l'on ne s'en tienne qu'à des élaborations secondaires. Et "l'être analyste" ne se donne pas en conclusion d'un séminaire, qu'il soit clinique, théorique ou même psychodramatique; il ne se produit que par la conjonction renouvelée des trois éléments qui ont conduit Freud, non pas à être analyste, mais à le devenir progressivement. Seule l'entrée dans les thèmes particuliers, tels l'angoisse, la mort, les processus secondaires de l'obsession, le schéma corporel... nous font progresser dans le devenir analyste. A vouloir être analyste dans l'abstrait, on se laisse fasciner par un fantasme; car le fantasme tient captif lorsqu'il élève à l'abstraction neutre des représentations fort investies, inconscientes et compulsivement répétées.
Toute société de psychanalyse est une institution difficile, pour beaucoup de raisons, théoriques et pulsionnelles. D'ailleurs si, comme Freud l'a dit, l'analyse est une paranoïa dirigée, comment le fonctionnement d'un groupe d'analystes pourrait-il être confortable? Plusieurs candidats se plaignent d'ailleurs de l'agressivité, de la compétition intellectualiste, de la fascination puriste et que sais-je encore, qui paralysent parfois les séminaires. Il est bon que nous en prenions conscience. Sans doute peut-on espérer que des groupes de travail plus réduits faciliteront les échanges, détendront les esprits, délieront les langues, laisseront aussi advenir ce qui parle de l'inconscient, favoriseront la collaboration et l'initiative. De même la participation plus active des membres trop absents devrait-elle contribuer à l'orientation plus clinique des séminaires. Vous avez le droit de le leur demander.
Il reste une dernière question importante, qui a suscité quelques remous et malentendus. On a posé la question de savoir si, dans l'Ecole, on peut devenir analyste tout en ne faisant que des analyses d'enfant. Après réflexion nous avons répondu affirmativement. Certains ont compris que, d'après nous, un analyste d'enfant devrait se limiter à cette spécialité. Ce n'est pas là notre intention. Nous ne croyons pas non plus qu'il y ait une raison décisive pour qu'un analyste d'enfants fasse d'abord des analyses d'adultes. Rien ne l'en empêche, rien ne l'y oblige. Tous les motifs apportés peuvent être retournés. Si, pour devenir analyste d'enfants, il faudrait d'abord avoir l'expérience de celle de l'adulte, il faudrait aussi bien connaître celle de l'enfant avant de faire l'analyse des adultes. Devant l'absence d'arguments pertinents, nous laissons à nos candidats et à nos membres la liberté de commencer par l'analyse de l'enfant et même de faire les deux contrôles requis en cette spécialité. Toutefois, si cet analyste d'enfants désire étendre sa pratique aux adultes, nous estimons qu'il devra prendre une formation complémentaire par deux nouveaux contrôles.
Le texte du règlement d'ordre intérieur de notre Ecole est fort concis; il consigne en quelques règles directives la conception qui a présidé à la fondation de notre Ecole. Il prend son sens à la lumière des éclaircissements que je viens de vous donner au nom de tous les membres. Dans Le Moniteur ne sera publié qu'un texte attestant la fondation de l'Ecole Belge de Psychanalyse, conformément à la loi concernant les associations sans but lucratif.